

Droits de douane: Wall Street s'enfonce face aux craintes économiques
La Bourse de New York chutait jeudi, au lendemain de l'offensive commerciale massive lancée par Donald Trump, qui fait craindre un ralentissement de l'économie américaine et un rebond de l'inflation dans le pays.
Vers 15H05 GMT, le Dow Jones reculait de 3,73%, l'indice Nasdaq plongeait de 5,60% et l'indice élargi S&P lâchait 4,37%, évoluant à des plus bas depuis septembre.
"Après une longue attente, le pansement tarifaire a finalement été arraché hier. Malheureusement, ceux qui s'attendaient à ce que la nouvelle soit relativement indolore ont été déçus", estime Adam Turnquist, de LPL Financial.
"Il se peut que les marchés ne réagissent pas à la hauteur de la situation, surtout si ces tarifs s'avèrent définitifs compte tenu des répercussions potentielles sur la consommation et le commerce au niveau mondial", prévient dans une note Sean Sun, de Thornburg Investment Management.
L'indice VIX - dit "indice de la peur" - qui mesure la nervosité des investisseurs, évoluait en nette hausse.
"Clairement, ce qui a été annoncé était proche du pire scénario et les marchés n'étaient pas préparés à cela", estime auprès de l'AFP Angelo Kourkafas, d'Edward Jones.
"Ils réagissent en conséquence aux implications négatives pour la croissance et positives pour l'inflation", ajoute l'analyste.
Dans ce contexte, le marché obligataire continuait de jouer son rôle de valeur refuge: le rendement des emprunts d'Etat américains à dix ans s'établissait à 4,02% contre 4,13% à la clôture la veille.
Dans un long discours mercredi soir, le locataire de la Maison Blanche a annoncé une salve de droits de douane: 20% de taxes pour l'Union européenne, 34% pour la Chine, 24% pour le Japon, ou encore 31% pour la Suisse.
L'offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, prévoit aussi un droit de douane plancher supplémentaire de 10% sur toutes les importations sur le territoire américain, ainsi que des majorations pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale par Donald Trump.
Avec les annonces de la Maison Blanche, les investisseurs ont obtenu "une certaine clarté sur le cadre (des surtaxes, ndlr) mais le degré et l'agressivité des droits de douane impliquent qu'il y aura un ajustement significatif et important à faire pour le commerce mondial", relève M. Kourkafas.
Les valeurs du secteur de l'habillement dévissait alors qu'une partie des vêtements sont fabriqués en Chine ou au Vietnam (respectivement taxés à hauteur de 34% et à 46%, en plus des droits de douane déjà imposés). Gap lâchait 22,41%, Ralph Lauren 17,36%, Lululemon 13,22% ou encore le géant américain Nike 12,98%.
Une partie des entreprises technologiques décrochaient également: Apple (-8,59%), Nvidia (-6,87%), Dell (-15,51%), Broadcom (-7,84%), HP (-15,75%).
Une part des composants de ces entreprises sont produits à l'étranger, comme à Taïwan - ciblé à hauteur de 32% de surtaxes supplémentaires.
"Le bon côté des choses est qu'il s'agit probablement de la limite supérieure de la fourchette tarifaire et qu'elle peut être négociée à la baisse à partir de là", estime Angelo Kourkafas.
Les valeurs liées au secteur du tourisme évoluaient aussi en terrain négatif, lestées par ces nouveaux droits de douane universels, à l'instar d'Airbnb (-8,55%), d'Expedia (-8,83%) ou encore de Booking (-6,05%) ainsi que les compagnies aériennes comme American Airlines (-9,39%), Delta (-9,76%) et United Airlines (-12,99%).
De plus, à la suite de ces annonces, "la Fed reviendra probablement sur le devant de la scène et, si le chômage augmente et que la croissance économique s'affaiblit considérablement, elle procédera probablement à des réductions plus importantes" de ses taux que les deux baisses qu'elle prévoyait jusqu'à présent, ajoute l'analyste.
Côté indicateurs, les nouvelles inscriptions hebdomadaires au chômage sont ressorties en baisse par rapport à la semaine dernière (-6.000), en deçà des attentes.
La balance commerciale américaine des biens et services s'est améliorée en février, après le record du mois précédent, tout en restant très déficitaire, à hauteur de 131,4 milliards de dollars, un chiffre quasiment multiplié par deux sur un an, selon les données publiées jeudi par le département du Commerce.
F.Lecce--IM